L’annonciation

Il y a une règle non écrite, qui prescrit le silence les trois premiers mois. 

Qui sait ce qui peut se passer en trois mois ? Ce genre de bonne nouvelle est fragile comme une flamme qu’un rien soufflerait ; on ne devrait pas se réjouir trop vite. 

Le secret est tenu, mais ce qui germe est bien là et pousse ses rhizomes de fantasmes dans la terre intérieure. Des fragments de futur tout neufs jouent à se laisser surprendre, qu’on cueille par inadvertance avant de se rappeler que ce n’est pas très sage.

On ne pourra pas éviter de se projeter, captivés par le passage de nouvelles caravanes d’images. On écoutera un peu trop les signes et on lâchera sans s’en rendre compte la bride à l’imagination, qui divaguera follement dans un paysage qui n’existe pas encore.

On cherchera des noms.

On le dira peut-être à ceux qui partagent notre intimité. Aux autres qu’on croisera, on taira la nouvelle pour un temps encore : trois mois de racines et de silence, de terre remuée et de rêves éveillés.

Que se passerait-il si l’on parlait trop tôt ? Si l’on annonçait la bonne nouvelle et qu’il faille bientôt avouer la fausse couche ?

 Il me semble qu’on serait seulement moins seule si cela arrivait. 

Le silence qui clôt nos lèvres nous protège de la pitié des autres, de leur soutien et de leur sourire. Il se justifie en évoquant les convenances, la pudeur, la honte de l’échec et le confort de lécher ses plaies au fond d’un terrier où personne ne nous voit ni ne nous plaint.

Je ne suis pas enceinte, mais j’ai une bonne nouvelle 🙂 

Laisser un commentaire